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nicolas navrot
Fondateur de Nettoyons Lyon et photographe

Ugami vient de la contraction de “You gonna make it” – Tu vas le faire. Bien que nos thés  soient pensés pour le bien être, nous voulions aller plus loin en créant une communauté qui  puisse inspirer et motiver à réaliser des projets, quels qu’ils soient. Le meilleur moyen pour  motiver et inspirer reste le partage d’expérience. Il permet de démontrer que l’on est pas  seul(e) à vivre telle ou telle situation et que n’importe qui peut se permettre de réaliser ses  rêves dès lors qu’il en met les moyens. Découvrez alors cette nouvelle série Ugamistories,  qui n’a que pour but de vous présenter des histoires inspirantes d’entrepreneurs, de sportifs,  de passionnés, de survivants, qui, à un moment donné, ont fait le choix de se concentrer sur ce qui compte.

Aujourd’hui, on retrouve Nicolas Navrot, photographe lyonnais et président fondateur de l’association Nettoyons Lyon. Depuis quelques années, il agit au quotidien contre la pollution des eaux de la ville et pour débarrasser la métropole des déchets rejetés par les citoyens. En parallèle, il monte son activité de photographe. Comment arrive-t-il à lier les deux et à gérer d’une main de maître tous ses projets ? Découvrez-le dans cette interview exclusive.

qui est nicolas ?

Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Hello !

Originaire de Bulgarie, je suis arrivé à Lyon à mes 3 ans. Je suis donc un vrai lyonnais ! Il y a 6 ans, j’ai commencé la photographie par passion. Cela n’a jamais été mon métier, simplement parce que le besoin artistique que j’avais pour m’exprimer devait rester une priorité pour moi. Je ne voulais pas perdre de vue ma créativité en en faisant mon travail. C’est pourquoi trouver une autre activité était indispensable pour moi. Je suis donc devenu animateur pour les jeunes. Initialement pour une durée d’un an, mais je suis finalement resté 6 ans dans ce métier qui m’a beaucoup plu. Pour des raisons professionnelles, j’ai dû quitter cet emploi et démarrer une page blanche dans ma vie professionnelle. 

À ce moment-là, j’ai perdu l’équilibre que j’avais créé entre ma créativité et mon activité professionnelle. J’ai donc arrêté la photographie pendant deux ans. Après en avoir fait pendant 6 heures par jour pendant 5 à 6 années, je ne trouvais plus de sens dans ce que je faisais. 

C’est précisément à ce moment que Nettoyons Lyon est arrivé dans ma vie. Avec les 6 ans que j’avais passé à faire de la photographie sur les réseaux, j’ai pu activer facilement mon réseau et ma communication pour faire grandir l’association. 

Finalement, je me suis lancé dans la photographie, la vidéo et la communication digitale, afin de reverser une partie de mes commissions sur Nettoyons Lyon. Je trouve alors une nouvelle raison de trouver des clients. Car, quand on cherche du travail juste pour manger à la fin du mois, la créativité peut disparaître. J’active donc mon réseau tous les jours, et j’arrive à retrouver un équilibre. En parallèle, je m’occupe de Lyon Sortie Photo : un collectif des plusieurs centaines de photographes  que j’ai monté pour apprendre aux gens la photographie gratuitement. On l’a aussi relancé cette année. 

Tu es fondateur de l’association Nettoyons Lyon, peux-tu nous en parler brièvement ?

Au départ, nous étions simplement un groupe d’amis qui ramassaient les déchets dans les fleuves grâce à une technique appelée la pêche à l’aimant. Cependant, au lieu de trouver des objets historiques, nous avons vite passé notre temps à ramasser des trottinettes et des scooters. Nous pouvions également parfois trouver des explosifs ou des choses plus insolites. C’est ainsi que nous avons décidé de monter l’association. 

A cette époque, j’ai rencontré Alexandra GAILLAND, avec qui nous avons développé ensemble le Nettoyons Lyon que les gens connaissent aujourd’hui. Je lui dois beaucoup, c’est une personne exceptionnelle. Elle a quitté un grand poste chez CISCO, après avoir vu l’état des fonds marins pendant le confinement, lorsqu’elle était en Guadeloupe.  

En revenant à Lyon, elle a choisi de se livrer pleinement pour notre cause. 

Elle a été d’une grande aide pour moi, du fait de son expérience dans le développement commercial et de sa sensibilisation à la pollution des fonds marins, puisqu’elle est très sensible à cette cause, étant plongeuse. 

En plus de la communication que nous réalisions sur les réseaux sociaux, nous avons rapidement gagné en notoriété. Cette année, nous avons sorti 738 trottinettes électriques de l’eau, et plus de 60 tonnes de déchets terrestres ont été collectés. 

Pour communiquer de façon plus passive, nous organisons des événements durant lesquels des déchets sont sortis de l’eau, puis ramenés des berges sur les trottoirs. Ainsi, les passants sont curieux et sensibilisés à la pollution urbaine. 

Cette année avec Nettoyons Lyon a été exceptionnelle. La semaine dernière, nous avons rendu visite à Clean My Calanques, une association marseillaise qui nettoie les calanques et sensibilise les habitants à la gestion des déchets. Cette rencontre a agi comme un déclic, car je me suis rendu compte que nous manquions d’une énergie et d’une synergie dans l’équipe Nettoyons Lyon. Il fallait donc que je fasse quelque chose du réseau que je cultivais depuis plusieurs années, et j’ai décidé de lier mon activité de photographe et mon activité de co-fondateur de Nettoyons Lyon. 

Grâce à Alexandra Gailland, qui gère l’association avec moi, nous avons développé notre réseau..

Par quoi on commence pour monter une association ?

En premier lieu, il ne faut pas se poser cette question ! Comme pour tous mes projets, je n’avais initialement pas vocation à quoi que ce soit lorsque j’ai commencé à m’intéresser aux déchets des fleuves. Ce sont les opportunités qui ont fait que les choses sont venues d’elles-mêmes. Lorsque l’on a commencé à rendre la pêche à l’aimant plus sérieuse, monter une association est apparu comme une évidence. 

Pour une association qui fonctionne bien, il s’agit d’avoir des équipes qui grandissent et qui se connaissent. Je m’en suis rendu compte, encore une fois, en allant visiter les équipes de Clean My Calanques.

"En attendant quelque chose de précis, tu loupes d’autres choses qui seraient venues spontanément à toi. C’est ce que j’appelle le principe de disponibilité."

Les membres de l’association Nettoyons Lyon à la fin d’une collecte.

LE LANCEMENT DE L'ASSOCIATION

Quelle était ta stratégie au lancement de l’association ?

Lorsque tu as un plan en tête, tu vas stresser et ne pas réussir, te dire qu’il faut absolument faire ça ou ça, etc. En attendant quelque chose de précis, tu loupes d’autres choses qui seraient venues spontanément à toi. C’est ce que j’appelle le principe de disponibilité. C’est comme en photographie, il vaut parfois mieux avoir une idée floue de ce que l’on veut pour avoir un sublime cliché, plutôt que de se borner sur une prise. L’essentiel est de prendre les opportunités comme elles viennent et monter son projet en fonction de ce qui va se présenter à nous. Il faut savoir être à l’écoute de ce qu’il y a autour de nous sans forcément se projeter trop précisément.

As-tu tout de même une idée des futurs objectifs de Nettoyons Lyon ?

Aujourd’hui, avec Nettoyons Lyon, on sait à peu près où est-ce qu’on veut aller et ce que l’on veut faire. Par exemple, nous voulons pousser la recherche sur la valorisation des déchets.

En effet, certains déchets comme les masques ou les mégots sont envoyés à des circuits spécialisés, mais ne sont pas recyclables de manière pérenne. Il faudrait alors trouver une solution pour gérer ces déchets-là. 

Notre prochain objectif est de fonder, d’ici quelques années, un lieu complet et multifonctions où nous pourrons :

  • faire intervenir des artistes, fabriquer des objets d’art avec les objets récupérés dans les fleuves
  • travailler avec des terrariums pour revaloriser les déchets 
  • transformer les matières pour en faire quelque chose (par exemple, récolter des bouchons pour les envoyer à une association)
  • collaborer avec la métropole pour une récupération des déchets de manière optimale

En revanche, j’ai compris que cela ne se ferait pas si nous n’avions pas une équipe solide. Au départ, nous étions 2, et nous avons donc commencé à recruter. Maintenant, on a une équipe semaine et une équipe week-end, mais nous cherchons toujours à nous développer.

Comment gérer son temps pour monter son projet associatif en plus de son travail ?

Je ne gérais pas jusqu’il n’y a pas longtemps ! (rires)

C’est très simple, à présent, je délègue, notamment sur la partie Community Management. Pour mon activité de photographe, j’ai eu simplement à réactiver mon réseau pour trouver des clients. En réalité, même si mes deux activités paraissent distinctes, elles ne le sont pas tant que ça ! Quand je travaille en tant qu’auto-entrepreneur photographe, je parle de l’association à mes clients. Et inversement, quand je travaille pour l’association, je parle de mon activité de photographe. Cela crée des connexions et des synergies importantes. Le point le plus important, c’est le réseau. 

En photographie, je fais de l’accompagnement principalement avec de la création vidéo, photo et supports digitaux. Je travaille avec des Community Manager ou des cadreurs, que j’ai également rencontrés dans mon réseau. 

Pour que l’activité prenne, il faut de nombreuses années et beaucoup de travail ! Il faut communiquer énormément pour attirer des clients

  • communication : si tu es confiant dans ce que tu fais, communique dessus et montre aux gens que tu en veux !
  • remise en question : je n’ai jamais eu autant de clients depuis que je montre ma tête et que je montre que je suis motivé, alors montrez que vous transcendez votre travail !
  • disponibilité : rencontre, réseau, discussion dans la rue avec les gens..

Comment imagines-tu le futur de ton association ? Penses-tu qu’une réelle prise de conscience est en marche ?

Il y a une réelle prise de conscience chez les jeunes générations. Cependant, il y a encore énormément de travail. Les gens sont au courant que la pollution existe, mais souvent ils ne veulent pas la voir. 

Cependant, on remarque qu’il y a de plus en plus de personnes présentes aux événements, notamment lorsqu’il y a des catastrophes naturelles.

Si tu prends le problème à l’échelle de l’humanité, tu te rends compte qu’on fait en sorte de sensibiliser un maximum pour réduire l’impact environnemental, mais qu’on ne peut pas tout contrôler, car nous sommes malgré tout dans une société de consommation. On reste positif et on espère que ces associations qui se créent pourront continuer à véhiculer un grand message au monde dans le futur.

Réalisation d’une prise de vue par Nicolas de la fontaine sur la Place des Jacobins à Lyon.

Quelle est ta plus grande fierté ?

Ma plus grande fierté est d’avoir eu la chance de me rendre compte à quel point on peut toujours s’améliorer. 

Souvent, on se satisfait des choses de la vie, mais en m’ouvrant aux gens, je me suis rendu compte que ce qu’on peut faire est toujours beaucoup plus que ce qu’on a déjà. 

Je suis satisfait de savoir que dans 10 ans, j’aurais fait de nombreuses choses et que ce sera plus solide que ce que je fais aujourd’hui.

Même avec l’âge, on continue toujours à apprendre et je suis fier de l’observer tous les jours ! 

Retrouvez les deux projets de Nicolas ici : son activité de photographe et Nettoyons Lyon.