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Mathilde Saurat
J'ai réalisé mon rêve en devenant pilote

“Ugami vient de la contraction de “You gonna make it” – Tu vas le faire. Bien que nos thés soient pensés pour le bien être, nous voulions aller plus loin en créant une communauté qui puisse inspirer et motiver à réaliser des projets, quels qu’ils soient. Le meilleur moyen pour motiver et inspirer reste le partage d’expérience. Il permet de démontrer que l’on est pas seul(e) à vivre telle ou telle situation et que n’importe qui peut se permettre de réaliser ses rêves dès lors qu’il en met les moyens. Découvrez alors cette nouvelle série Ugamistories, qui n’a que pour but de vous présenter des histoires inspirantes d’entrepreneurs, de sportifs, de passionnés, de survivants, qui, à un moment donné, ont fait le choix de se concentrer sur ce qui compte.” Louis-Paul.

 

Aujourd’hui, envolez-vous avec nous chez Mathilde, pilote et ingénieure dans l’aéronautique.  Au quotidien et depuis peu, elle est chargée de transporter des clients d’un lieu à l’autre  dans des jets privés. Ce travail, dont elle a tant rêvé, lui permet de vivre de sa passion pour  les avions. Le chemin pour en arriver là était loin d’être évident, c’est pourquoi nous lui  avons demandé de nous raconter son parcours si inspirant.

Peux-tu nous parler un peu de ton parcours ?

J’ai obtenu un bac scientifique, à la suite duquel je savais déjà que je voulais devenir pilote.  Les formations de pilote professionnel n’étant pas reconnues par l’Etat comme un diplôme,  mes parents m’ont poussée à ce que je fasse des études supérieures menant à un diplôme car cela était plus rassurant pour eux. Mon frère et mon père étant ingénieurs, je me suis  donc naturellement lancée dans cette voie, en choisissant la même école que mon frère :  Polytech Paris Sorbonne. J’ai choisi le cursus ingénieur génie mécanique en alternance, car  c’était ce qui me permettait de rester le plus près de l’aviation. De ce fait, j’ai pu effectuer 3  ans d’apprentissage chez Safran Aircraft Engines, motoriste mondialement connu dans le  domaine civil (CFM56, LEAP pour A320, B737) et militaires (M88 pour Rafale). Je travaillais dans un bureau de recherche et technologie, spécialisé dans le développement de  nouvelles technologies. C’était très intéressant, cependant les projets étaient vraiment sur  du long-terme (10-20 ans) et je n’avais pas le temps de les voir prendre vie.  

Après ces années d’apprentissage, j’ai participé au HOP Tour des Jeunes Pilotes (HTJP) :  un Tour de France en avion pendant deux semaines. Nous étions plus de 40 jeunes, chacun  dans notre avion (loué en aéroclub) à sillonner la France afin de promouvoir l’aviation. C’était une expérience unique et inoubliable. Après cela, il était enfin temps de passer à l’étape professionnelle, je me suis rendue en Irlande à L’AFTA (Atlantic Flight Training Academy) pour passer mes licences : théorie, pratique, travail en équipage…  

Une fois les licences en poche (Octobre 2019), je suis revenue en France pour passer des  sélections et des entretiens pour plusieurs compagnies aériennes. Ce n’était pas évident,  car il y a beaucoup de monde, et il faut donner le meilleur de soi-même. Tout ceci se conclut  positivement avec des dates de rentrée en compagnie aérienne, me voilà soulagée…  Cependant, l’épidémie du Covid-19 en a décidé autrement. Les dates se décalaient à de  multiples reprises, pour finalement s’annuler complètement. Moment très compliqué, coups  durs sur coups durs…  

Le transport aérien n’allait pas reprendre du service de suite alors le plan B d’ingénieur  devenait réalité. Au départ, cela ne m’enchantait pas particulièrement, alors j’ai concentré 

mes recherches dans quelque chose qui me plaisait vraiment. J’ai finalement trouvé un  poste dans un bureau d’études spécialisé dans la réalisation de véhicules innovants, sur le  projet de faire une réplique du mythique avion de la deuxième guerre mondiale, le P51  Mustang.  

Une grosse année auparavant, j’avais également postulé dans une société d’aviation  d’affaires (connue durant le HTJP justement). La crise sanitaire avait mis le processus de  recrutement dans lequel j’étais engagée en stand-by jusqu’à ce qu’ils me recontactent à  l’automne/hiver dernier. J’ai passé la suite et fin des sélections l’hiver dernier, et intégré la  société en mars 2021 en CDI. Je suis actuellement copilote de pilatus PC-12 (et très  heureuse de ce happy end). 

Quand as-tu commencé à piloter ?

J’ai commencé à piloter à l’âge de 14 ans suite à un baptême de l’air. Cette discipline étant  coûteuse, j’ai mis un certain temps à passer mes licences. Mes parents (encore merci à eux)  ont financé mes premières heures de vol, à condition d’avoir de très bons résultats scolaires.  

Ni une ni deux, mon nom se trouvait en tête de classe tous les trimestres suivants… De plus,  l’argent reçu à Noël ou pour mes anniversaires allaient pratiquement directement sur le  compte de l’aéroclub… Les deux années de classe préparatoire ont été plus calmes niveau  aéronautique (il fallait travailler !), cependant, je dois avouer avoir manqué quelques cours de  maths pour passer le PPL, licence de pilote privé, reporté à cause de la météo de nombreuses fois. 

Par la suite, le cycle d’ingénieur en apprentissage m’a permis d’être plus indépendante financièrement et de payer complètement moi-même mes heures de vol (quitte à manger des  pâtes, de toute façon j’adore ça !). 

Quels sont les obstacles les plus fréquents rencontrés par les pilotes ?

Vouloir être pilote demande d’être patient et persévérant. Dès lors qu’il y a une crise économique, le secteur est très rapidement touché. C’est assez instable comme choix de carrière et encore plus contraignant au vu des coûts engendrés (échéances de prêt à rembourser etc.). 

De plus, il faut une bonne condition physique, chaque année nous passons une visite médicale assez poussée pour confirmer notre aptitude.  

Lorsque l’on est jeune cela ne nous inquiète pas spécialement, mais il faut s’entretenir afin de pouvoir arriver jusqu’au bout sans restriction médicale, voire même d’être arrêté. Le moindre accident (à n’importe quel âge) peut changer le cours de notre carrière. Ce diplôme d’ingénieur me rassure vraiment et me permet d’avoir une sécurité. 

Mathilde lorsqu’elle a réussi à obtenir son premier job de pilote. Ici sur un jet Pilatus PC-12.

As-tu rencontré des freins dans ta formation et ta recherche d’emploi par rapport au fait que tu sois une femme ? Si oui, comment tu as su les éliminer ?

Je trouve ça génial que des femmes s’intéressent à ce milieu et de nos jours, nous sommes soutenues et encouragées. Merci aux pionnières et aux personnes qui font changer ces mentalités. De mon expérience, la vision des femmes pilotes est très positive et bien accueillie dans les cockpits. Bien sûr, il reste quelques réticents mais c’est une minorité  (bientôt en retraite ;)) et je ne leur accorde pas d’importance.  

Il faut être conscient que l’aviation reste un domaine qui intéresse plus d’hommes que de femmes, donc la proportion 50/50 ne me semble pas accessible. C’est pareil dans l’autre sens, certains métiers attirent plus les femmes que les hommes, le plus important à mon sens, c’est de ne pas mettre de frein à une personne motivée pour une question de genre. 

On a remarqué que tu donnais beaucoup d’importance au développement personnel, notamment au travers des livres ? Quelle est ta vision du développement personnel, à quoi te sert-il dans ta vie de tous les jours ?

Mon attrait pour le développement personnel est arrivé lorsque j’étais en Irlande, je n’avais pas ma famille ni mes amis près de moi (heureusement que mon chéri était là). De  nature (très) soucieuse, il a été obligatoire pour moi de trouver des solutions naturelles, holistiques et spirituelles pour appréhender ces échelons et enjeux professionnels (je me suis mise beaucoup de pression pour réaliser mon rêve).  

J’ai commencé à faire du yoga et à m’intéresser à la spiritualité. C’est quelque chose qui m’apaise, me fait prendre conscience de certaines choses pour relativiser et mieux anticiper/gérer mes angoisses. Aujourd’hui c’est indispensable dans ma vie, même si j’ai moins de  temps à y consacrer. 

Quelle est ta plus grande fierté ?

Ma plus grande fierté est d’être où j’ai toujours rêvé d’être : dans les airs. Je me revois au lycée dire à mes professeurs que je voulais être pilote d’avions, cela me paraissait loin, compliqué, mais aujourd’hui j’y suis et ça j’en suis très fière. Il ne faut pas lâcher ses rêves  de vue, peu importe les obstacles. Le parcours a été difficile et semé d’embuches  (notamment à cause de cette crise sanitaire), avec beaucoup de stress et de doutes. Il est important de ne jamais abandonner. Il n’est pas nécessaire d’être premier de la classe en  mathématique pour réussir, en revanche il est nécessaire d’avoir un mental d’acier. On ne  nous apprend pas ça à l’école, et pourtant c’est ce qui nous mène à la réussite : persévérer.

Ma plus grande fierté est d’être où j’ai toujours rêvé d’être : dans les airs. Comment ne pas la comprendre en voyant régulièrement ce spectacle ?