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benjamin hautin :
J'ai lancé un nouveau média dans le monde des Grandes Ecoles.

“Ugami vient de la contraction de “You gonna make it” – Tu vas le faire. Bien que nos thés soient pensés pour le bien être, nous voulions aller plus loin en créant une communauté qui puisse inspirer et motiver à réaliser des projets, quels qu’ils soient. Le meilleur moyen pour motiver et inspirer reste le partage d’expérience. Il permet de démontrer que l’on est pas seul(e) à vivre telle ou telle situation et que n’importe qui peut se permettre de réaliser ses rêves dès lors qu’il en met les moyens. Découvrez alors cette nouvelle série Ugamistories, qui n’a que pour but de vous présenter des histoires inspirantes d’entrepreneurs, de sportifs, de passionnés, de survivants, qui, à un moment donné, on fait le choix de se concentrer sur ce qui compte.” Louis-Paul.

 

Pour introduire Ugamistories, nous avons eu la chance et le plaisir d’interviewer Benjamin Hautin, co-fondateur de Planète Grandes Ecoles et Mister Prépa qui a eu l’audace de créer un média devenu rapidement incontournable pour les étudiants alors que d’autres médias historiques régnaient sur ce marché.

qui est benjamin ?

Qui étais-tu avant de lancer Mister Prépa ? Étais-tu déjà dans la dynamique de l’entrepreneuriat ? Dans ton entourage, y avait-il des entrepreneurs ?

Hello ! Je suis le premier de ma famille à faire des études. J’estime avoir eu beaucoup de chance dans mon parcours…Si j’en suis arrivé là, c’est en partie grâce à une professeur extraordinaire rencontrée en Seconde, Mme Raynaud, au lycée du Val de Saône à Trévoux. Elle m’a donné le goût pour les études et m’a poussé à en faire, à tenter d’accéder aux grandes écoles, et m’a notamment fait découvrir la prépa. Sans elle, je n’aurais sûrement pas le même parcours qu’aujourd’hui et j’aurais probablement suivi un parcours scolaire moins “prestigieux”.

J’ai eu la chance que mon chemin croise le sien, et parfois je pense à tous ceux qui n’ont pas eu et qui n’auront pas l’opportunité de rencontrer quelqu’un qui a changé leur destin scolaire. Si à mon tour, je peux leur permettre de modifier leurs horizons, ce serait avec plaisir.

Qu’est-ce qui t’a poussé à monter Mister Prépa ? Quelle a été l'origine du lancement de ta communauté ?

Lors de mes études, j’ai fait une petite vidéo pour présenter la prépa, dans mon salon, de qualité assez médiocre quand j’y repense, avec juste une webcam ! 

À l’époque, il n’y avait rien dans le domaine, et elle est grimpée à 30 000 vues avec plusieurs centaines de commentaires et de questions. Alors, je me suis dit qu’il y avait un besoin. Je m’étais juré qu’après la prépa, je monterais quelque chose pour me rendre utile à mon échelle.

Mon but était de présenter la prépa à ceux qui ne la connaissaient pas, ou ceux qui n’osaient pas la tenter. Je trouve cela tellement dommage que certains étudiants s’autocensurent en ayant peur de se lancer, ou pire, que certains n’aient même pas connaissance de l’existence de la prépa et des Grandes Ecoles en général ! 

 

Au départ, Mister Prépa était un compte Snapchat spécialisé en philosophie et en économie créé alors que je travaillais en intérim pour financer mes études. Je devais travailler pour financer mes études. L’intérim, c’est difficile, long et assez répétitif… J’avais besoin de lancer quelque chose pour m’occuper l’esprit et renouer un lien fort avec le programme académique. Ce compte Snapchat était assez original et le format était novateur, il s’est alors assez rapidement transmis d’établissement en établissement à travers la France.

En parallèle, j’ai tourné des vidéos chez Studyrama et je me suis lié d’amitié avec la rédactrice en chef, Stéphanie Ouezman (aujourd’hui rédactrice en chef de l’Etudiant), qui m’a introduit au milieu, dans les conférences de presse etc.. J’ai rencontré différents journalistes et petit à petit, comme le monde des médias étudiants est petit, nous avons appris à nous connaître. Les gens étaient intrigués quand j’ai commencé à leur expliquer ce que je faisais. C’est comme ça que je me suis fait un petit nom dans le domaine. Au début, ils étaient sceptiques, mais on a vite obtenu plus de vues qu’eux et un engagement beaucoup plus fort sur nos contenus axés prépa et grandes écoles.

En 2018, plusieurs directeurs de communication de Grandes Ecoles m’ont contacté afin de me demander de structurer le tout pour en faire un vrai média, avec des collaborations à la clé. C’est à ce moment-là que j’ai été rejoint par une équipe d’amis de différentes écoles. Une fenêtre économique s’est ouverte lorsque les écoles sont venues me chercher, j’ai réalisé qu’il y avait une place à aller chercher. 

Par la suite, j’ai dupliqué cela sur un nouveau média : Mister Prépa X pour les écoles d’ingénieur.

De là, j’ai monté un business model pour pérenniser l’activité et la développer.

Quelle était ta stratégie lorsque tu as monté Mister Prépa ? Avais-tu pour objectif d’en faire un média majeur ou non ?

Lorsque j’ai créé Mister Prépa, je ne pensais pas en faire un business. C’était sur un coup de tête. Cependant, je pense qu’en faisant les choses avec amour et passion, les gens seront prêts à payer pour vos produits ou vos services, en B2C comme en B2B. 

 

L’idée originelle était vraiment de partager une expérience sans rien attendre en retour. Cela me demandait du temps, mais il n’y avait pas d’idée concrète derrière, le business model s’est fait au fur et à mesure.

À vrai dire, j’avais toujours eu pour projet de monter une entreprise, tôt ou tard. Comme beaucoup de monde, je ne savais pas exactement dans quel domaine, mais j’étais sûr qu’un jour, je le ferais. Je ne pensais juste pas que cela arriverait si tôt et que je me retrouverais à gérer tout cela en parallèle des cours !

"Si je n’ai qu’un conseil à donner : faites ce que vous aimez et les opportunités de business se créeront d’elles-mêmes."

Soirée de lancement du Magazine Mister Prépa, 2019.

Mister Prépa : le développement du projet

En commençant Mister Prépa, avais-tu des appréhensions particulières (peur de se lancer, manque de compétences, le fait d’être tout seul…) ?

Mon appréhension première était la gestion des études en parallèle de mon entreprise. La majeure partie des étudiants entrepreneurs font un master entrepreneuriat qui leur libère du temps pour travailler. Je n’ai pas voulu prendre ce chemin, car je trouvais cela dommage d’être dans une école du TOP5 et de ne pas en profiter pour faire des études plus poussées en finance ou en stratégie par exemple. J’ai préféré diversifier mes apprentissages et me former sur des sujets complètement différents. Et honnêtement, l’entrepreneuriat s’apprend beaucoup sur le tas…

 

Je concilie les deux et cela est tout à fait possible grâce à une bonne organisation. L’école m’a aussi beaucoup encouragé et me facilite sur pas mal de points. Quasiment tout emlyon connaît Mister Prépa et Planète Grandes Ecoles, de la direction, aux étudiants en passant par les professeurs… Donc ici encore, je suis plutôt chanceux ! 

 

N’attends pas d’avoir fini l’école, et de travailler quelques années, car créer une entreprise à ce moment-là représentera sûrement trop d’enjeux pour toi.

 

Hormis le fait de concilier entrepreneuriat et vie d’étudiant, il y avait également l’appréhension des concurrents. Je me suis lancé seul, face à des médias qui existaient depuis des décennies, et face à un autre qui était en place depuis déjà 4-5 ans. Sur le papier, j’avais du retard. Mais sur le terrain, j’avais un plan et une vision qui allaient tenir la route. Et puis, j’étais vraiment focalisé sur comment j’allais être utile aux étudiants, bien plus que sur comment j’allais dépasser ou non mes concurrents…En tant qu’entrepreneur, si ton idée est juste de gagner de l’argent, tu vas vite être déçu de voir des business similaires au tien arriver sur le marché. Mais si l’attachement est à ce que tu aimes faire et à tes valeurs, tu n’auras aucun mal à les empêcher de te contrer, grâce à ta confiance en ton utilité. C’est exactement ce qui s’est passé pour moi. Par exemple, mon principal concurrent vit très mal le fait que nous ayons transformé sa situation de quasi-monopole en un duopole désormais indéniable sur le marché prépa. Ils nous ont beaucoup pris de haut dès le début, mais aujourd’hui, les parts de marché deviennent de plus en plus serrées. J’adore cette position de challenger. Mais de mon côté, rien ne change. Contrairement à ce concurrent, je suis ravi de voir que différentes initiatives fleurissent sur ce marché : cela diversifie le contenu pour les étudiants, et si ça permet de faire avancer les choses pour eux, alors on ne peut que s’en réjouir ! Je pense que c’est cette mentalité qu’il faut garder. Si tu recherches l’impact et l’utilité avant tout, alors c’est bingo, et tu avanceras serein.

À quel moment as-tu su que le projet pouvait décoller et être viable ?

J’ai décidé de faire de Mister Prépa une société, et trouver des relais dans les établissements français, fin 2018. 

Pour l’anecdote, je me suis fait licencier de mon travail chez Intermarché (base logistique), car je devais gérer à la fois mon poste et les conférences de presse pour Mister Prépa, à Marseille, Paris, Toulouse, Rennes… En réalité, c’est la meilleure chose qui me soit arrivée.

Le but de mon propos est simplement de dire que quand une idée vous démange au point où vous êtes prêts à vous faire virer pour elle, allez-y. Pour ceux qui veulent se lancer sans avoir d’idée précise : faites ce que vous aimez. Quelque chose va apparaître, une idée va vous titiller, et ce sera le moment de vous lancer.

As-tu été accompagné ? À partir de quel moment dans l’évolution du projet ?

Dans mon projet, j’ai été accompagné par deux types d’entité : 

  • L’accélérateur EMLyon : L’accélérateur permet de lever des fonds, de passer des paliers, de mener une vraie réflexion stratégique de long terme… 

Typiquement, grâce à eux, je me suis rendu compte que je n’avais pas besoin de lever de fonds, que je pouvais largement m’autofinancer. Cela m’a permis d’éviter des erreurs grossières.

  • L’accompagnement personnalisé du Medef : le Medef a lancé un programme nommé CréaDuo qui met en relation des chef d’entreprise bien expérimentés avec de jeunes entrepreneurs comme moi, dans une logique d’accompagnement sur des questions du quotidien : organisation, gestion de la fiscalité, réinvestissements, vision stratégique, optimisation du C.A ….

A quel moment as-tu commencé à t’entourer de collaborateurs pour ton projet et pourquoi ?

Au départ, j’ai commencé tout seul, et je me suis rapidement entouré de Séverine, une fille super, étudiante en Pré-Master à l’ESCP à l’époque. Je l’ai trouvée très engagée dans pas mal d’assos, ça m’a plu et je lui ai naturellement demandé si elle voulait rejoindre le mouvement. Ensuite, j’ai rencontré deux personnes très sympa, passées par HEC, qui étaient des brutes en maths et qui souhaitaient participer au volet Mathématiques de Mister Prépa. Une autre figure du début de Mister Prépa était Samir, alors étudiant à Audencia, qui produisait des vidéos de son côté en ESH (sur la chaîne Mission Prépa) et qui avait accepté de diffuser son contenu sur Mister Prépa. Par la suite, quelques amis ont rejoint le collectif, à l’été 2019 : Dorian, mon actuel associé, Khalil (géopolitique), Imane (Espagnol), Cem (contenu ECT), Alexandra (Langues)… Bref : les objectifs du lancement étaient clairement liés à la production de contenu. Mon but était de viser des personnes axées autour de l’égalité des chances, qui avaient ce souci-là en tête car c’est la valeur qui m’anime au quotidien.

 

Aujourd’hui, l’équipe compte une trentaine d’étudiants rédacteurs. Ils diffusent le message et proposent de nouvelles idées. Notre réseau sur Planète Grandes Ecoles leur permet  également de trouver des stages et des emplois plus facilement. 

De plus, chaque personne a sa région et appelle des étudiants de son secteur pour avoir des nouvelles. Nous avons vraiment une stratégie de “grand-frère/soeur”, qui est très bénéfique pour nous et les étudiants.

L’entrepreneuriat : le parcours de Benjamin !

Est-ce que te faire accompagner dans le projet t’a servi ?

Se faire accompagner peut arriver après le lancement ou avant, mais il ne faut pas attendre d’être accompagné pour se lancer et se former. Sur le plan académique, lorsque j’ai lancé Mister Prépa, j’étais bien formé, j’avais de solides bases (économie, philosophie, langues etc). Mais en gestion d’entreprise, j’étais complètement débutant. J’ai appris au fur et à mesure de mes rencontres et de mes expériences.

Quels sont tes avantages concurrentiels ?

L’avantage, c’est que nous avons 2 ou 3 ans maximum de plus que l’audience, donc on est assez proches d’eux, ce qui permet d’être cohérent par rapport aux concurrents.

C’est un marché où les principaux médias sont des médias historiques traditionnels, mais qui n’ont pas cette jeunesse, cette réactivité et ce contact en one-to-one avec les étudiants.

C’est de la bonne volonté et de l’entraide, et surtout, c’est gratuit. Ce n’est pas chez les concurrents qu’on verra cela. Parce qu’ils sont plus âgés, le monde de la prépa a déjà 20 ans pour eux (quand encore ils en ont fait une !). C’est d’ailleurs un élément ultra différenciant : combien de journalistes de différents médias parlent sans cesse des prépas et des Grandes Ecoles sans n’y avoir jamais mis les pieds ? On voit de plus en plus fleurir des classements par ici, par là, réalisés par des journalistes qui écrivent sur tous types de sujets et qui n’ont en fait qu’une connaissance très superflue de ce monde-là, je parle en connaissance de cause. En toute modestie, il y a un gap énorme entre nous. Simplement, beaucoup de médias généralistes utilisent leur réputation de marque pour se faire passer pour des spécialistes du monde des prépas et des Grandes Ecoles. Pourtant, il suffit de creuser quelques articles et autres classements pour se rendre compte de certaines lacunes. Donc, le fait d’être tous passés par ces voies-là, et d’y être encore actuellement, cela représente un avantage certain face à quelques concurrents. C’est notre principal avantage concurrentiel, il nous permet de taper juste.

Quand les directions des grandes Écoles veulent cibler les prépas, ils savent que sur les 10 000 personnes qui nous suivent, ce sont 9 000 étudiants de prépa et 1 000 personnes hors-prépa, curieuses (personnels d’Écoles, professeurs, lycéens..). C’est très ciblé et segmenté. 

Quant à nos abonnés, on peut dire qu’1 étudiant sur 2 de prépa en France nous suit. Au quotidien, sur le site, il y a un peu plus de 2 500 étudiants en visiteurs uniques, et le nombre va crescendo avec la stratégie SEO (référencement naturel sur les moteurs de recherche) qui commence à se déployer. Si on demande aux prépas quels médias ils suivent, il y a de fortes chances qu’ils nous citent.

Il y a de nombreux autres points stratégiques que nous développons au quotidien, mais je ne les citerai pas tous ici.

Désormais tu te lances dans un nouveau projet Planète Grandes Écoles, quelle est la différence avec Mister Prépa et quels sont tes objectifs ?

Planète Grandes Écoles est une extension logique de Mister Prépa. Le domaine est très cloisonné, car beaucoup d’étudiants à l’université suivaient Mister Prépa pour le contenu proposé pour les Écoles. On voulait toucher de nouvelles cibles sans se limiter aux prépas.

Planète Grandes Écoles, c’est réussir à conjuguer l’aspect “Découvrir les Grandes Ecoles” pour les candidats (CPGE et AST) et “apprendre à connaître les secteurs d’activité professionels” pour les étudiants des Grandes Ecoles.

Planète Grandes Écoles n’est donc pas réservé aux candidats aux Écoles, mais aussi et surtout aux étudiants de ces mêmes Écoles, comme mon équipe et moi-même par exemple.. Ils nous suivent, car ils ont besoin d’approfondir leurs cours avec des supports externes, et découvrir les différents secteurs d’activité : stages, emplois… Notre but est de les accompagner vers la vie active.

Nous avons basé notre Business Model sur les entreprises et les Écoles, pour l’équilibrer. Notre objectif est d’être suivis par tous les étudiants, des universités et des Écoles de commerce, d’ingénieurs et des IEP.

Pour nous faire connaître, nous passons par des mails uniques aux étudiants de nos Écoles clientes. C’est un site, des réseaux sociaux, et de nombreux autres projets que nous annoncerons dans quelques semaines.

Présentation de Planète Grandes Écoles au grand public lors du Bpitour 2020.

Pour finir, aurais-tu des conseils pour ceux qui ont envie de se lancer dans un projet de niche, et qui n’osent pas ?

Il ne faut pas faire l’erreur de minimiser un concurrent. Si demain, un média se monte dans la même niche que moi, je me dis que cela fait une ressource en plus pour les étudiants. Lorsqu’on est sincère, on ne peut qu’être heureux de voir de nouveaux médias se lancer. 

Votre business s’améliorera petit à petit, et ce n’est pas grave si vous mettez 5 ou 10 ans à évoluer. Il faut être patient et ne pas forcément prendre en exemple des Steve Jobs ou des gros entrepreneurs, mais plutôt des petites start up de votre région. C’est ça, l’entrepreneuriat du quotidien. Ne tombez pas dans les clichés grotesques.

Le succès peut arriver au bout de 15 ans comme au bout de 5 mois, et c’est OK, chacun son processus de développement. Tant que vous aimez ce que vous faites, tout ira bien. Les six premiers mois, je me sentais petit par rapport à mes concurrents, mais je l’acceptais car j’étais récent dans le milieu. Aujourd’hui, les cartes sont rebattues, mais il a fallu de la patience et des efforts. Tout entrepreneur doit s’armer de ce duo-là : patience-travail, s’il veut voir son projet décoller et sa vision devenir concrète.

Retrouvez les deux projets de Benjamin ici : Mister prépa et Planète Grandes Ecoles.

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